Dans le futur, on subira encore plus de hacks et c’est tant mieux

Ralph Echemendia est spécialiste en cybersécurité. Son surnom ? « Le hacker éthique ». L’homme conseille depuis quelques années Hollywood et les majors de l’industrie musicale. Il a par exemple été récemment embauché par le réalisateur Oliver Stone, soucieux de ne pas se faire pirater son film Snowden ou en 2011, a enquêté pour le compte du label producteur d’Eminem, victime d’un leak (et trouvé le coupable). Ce garde du corps des industries culturelles aux allures de rock star pose, depuis, régulièrement son bâton de pèlerin de la cybersécurité dans les grands évènements tech de la planète et a fait un crochet à Startup Extremeoù nous sommes allés faire un tour en Norvège début juin. Usbek & Rica l’a interviewé.

Usbek & Rica : Pendant vos interventions en conférence, vous démontrez assez régulièrement à l’assistance qu’on peut tous être hackés. OK, mais c’est quoi, les solutions ?

Ralph Echemendia : Oui, l’information est présente sur tellement d’endroits, de supports, de plateformes – site web, banque, même vous, d’ailleurs, vous êtes une data – qu’on peut tous être hackés. Ce qui manque à beaucoup est la conscience qu’on peut atténuer ce problème, et pas le prévenir ! Dans le monde physique, certaines choses ne peuvent être évitées. Vous pouvez être un spécialiste des arts martiaux mais si dix gars vous tombent dessus, ils vous mettront certainement à terre. On ne peut pas éviter, mais on peut réduire l’impact.

Le souci est qu’on tend à penser que c’est à la banque, aux sites d’e-commerce, au gouvernement de nous protéger. A tort. Le cyberespace doit être considéré comme le monde physique, comme un vrai environnement, même s’il n’est pas tangible. Avant d’être technique, on devrait d’abord être conscient d’où vont nos data, et de ce qu’on en tire.


© iStock

 

A Amsterdam, à la mi-juin, des citoyens ont lancé un « Datavakbond », un « syndicat de data » et aspirent à négocier directement avec Facebook et Google l’utilisation de leurs données. Ca va dans le bon sens, non ?

Oui, ça va dans le bon sens. Regardez le scandale le plus récent de Facebook : les victimes se sont senties violentées d’une certaine manière. Mais les gens ne sauraient dire exactement pourquoi. Ils ont cette sensation qu’on leur a retiré quelque chose.

« On ne peut pas éduquer Google ou Facebook. Ils savent très bien ce qu’ils font »

Cette initiative est positive, non parce qu’on peut éduquer Google ou Facebook. Ils savent très bien ce qu’ils font. Il s’agit d’abord d’éduquer, de sensibiliser le plus grand nombre au fait qu’ils sont monétisés contre l’accès à un service gratuit. Vous êtes le produit, vous êtes la donnée. Tout ce que j’espère est qu’on puisse finir par rémunérer les internautes via des micropaiements quand leurs données sont utilisées.

On n’a jamais autant investi dans la cybersécurité (en 2016, le secteur pesait plus de 80 milliards de dollars). Pourtant, les incidents se multiplient.

Oui, c’est drôle… Plus que de sécurité, il faudrait parler de « sûreté opérationnelle ». Prenez la révolution industrielle. Certains incidents avec les machines étaient mortels. La même chose se passe avec la révolution numérique : notre système de santé, mais aussi de gestion de ressources (l’eau, par exemple) repose sur les ordinateurs. Ce sont des postes critiques. Si quelque chose plante gravement, il peut y avoir des morts. Mais on ne le ressent pas comme ça.

Imaginez qu’on vous dise que vous avez été hackée, vous relierez tout de suite l’incident à une perte financière. Le vrai danger n’est pas là – votre assurance peut prendre le relais. On oublie que l’impact est personnel. Rappelez-vous les dernières élections américaines et l’effet de la propagande computationnelle. La propagande, ce n’est pas nouveau, mais là, d’un coup, des millions de gens sont atteints. C’est sans précédent.

« On subira encore plus de hacks. Et quelque part, c’est tant mieux ! »

A bas la tech, alors ? Dans le futur, on éteint tout ?

Non, la technologie n’est qu’un miroir de l’humanité. Elle est bonne ou mauvaise selon ce qu’on en fait. Ça n’est qu’un outil. Quant au futur, je pense qu’on subira encore plus de scandales, encore plus de hacks. Et quelque part, tant mieux, ça nous rendra conscients. On réagira, enfin !

Source: https://usbeketrica.com/

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